Les téléspectateurs attentifs n’auront pas été dupes de l’intervention du Chef de l’Etat lundi soir sur France 2. Avec un aplomb déconcertant, le regard planté dans celui de David Pujadas, Nicolas Sarkozy a enchaîné les contre-vérités sollicitant les faits avec acharnement pour justifier l’existence des niches fiscales, le taux de chômage et les chiffres de la compétitivité. Entre autres choses, le Président de la République a déclaré que la France était le pays qui travaillait le moins. Or les salariés français travaillent plus en moyenne par semaine (36,5 heures en 2008) que les Allemands (34,6 heures), les Scandinaves (34,5 heures), les Néerlandais (30 heures) ou encore les Américains (33,9 heures).
Le Chef de l’Etat a embrayé sur la question du chômage, en soutenant que les pays l’ayant le plus réduit sont ceux qui ont augmenté leur temps de travail. Mais c’est l’inverse qui est exact: les pays ayant réduit leur temps de travail sont ceux qui ont les taux de chômage les plus faible. Les Pays-Bas (4,3% en mai 2010); la Norvège (3,7%), l’Allemagne (7,5%), le Danemark (6%) alors que le taux de chômage harmonisé approche 10% en France.
Quant au sujet de la compétitivité française, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois affirmé ce qui est devenu un adage inepte dans le camp de la majorité: « Les 35 heures ont détruit la compétitivité ». Or celle-ci s’est améliorée de 1997 à 2002, période durant laquelle la France avait un excédent extérieur compris entre 20 et 30 milliards d’euros. Depuis 2003, le solde extérieur n’a pas cessé de fondre, pour se transformer en un déficit croissant à partir de 2005, passant même la barre des 40 milliards en 2009.
Mais ce n’est pas tout. Selon le Président de la République, un bouclier fiscal comparable à celui français existerait également depuis 20 ans en Allemagne, alors même que cette disposition a été supprimée outre-Rhin en 2006. La justification politique du bouclier français pâtit là-encore de la volonté du Président de tordre le cou aux faits. « De tous les pays du monde, a ajouté Nicolas Sarkozy, la France est celui qui taxe le plus les contribuables aisés ». Difficile à croire, quand il est avéré que le seul autre pays européen disposant encore d’un bouclier fiscal, le Danemark, peut taxer jusqu’à 59% d’un haut revenu tandis que le taux effectif d’imposition du revenu en France est de 25% pour les 1000 plus hauts revenus et tombe à moins de 20% pour les 10 plus hauts revenus. Par ailleurs, d’après Nicolas Sarkozy, la France serait également « le pays qui taxe le plus les entreprises ». Mais ici encore, en raison des niches fiscales (la niche Copé, pour exemple), le taux d’imposition réel des sociétés est très éloigné du taux théorique de 33,3%. Il tombe à 20% pour les entreprises de plus de 500 salariés et est inférieur à 13% pour les entreprises de plus de 2000 salariés. Une injustice fiscale parmi d’autres.
Le bilan de l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy se résume également à un fait, chiffré et précis quant à lui: 68% de la population française s’avoue mécontente de la politique et des actions du Président de la République. Qu’importe, le Président parle à lui-même.

Le débat qui s’est engagé voici quelques semaines sur la réforme de notre système de retraite représente un enjeu majeur de société. Dans les semaines qui viennent le Gouvernement dévoilera entièrement son projet. Nous connaissons d’ores et déjà les premières orientations : recul de l’âge légal de départ à la retraite, allongement de la durée de cotisation, baisse des pensions, etc.
Ce matin, après avoir tenu ma permanence à Canteleu, de 7h00 à 9h30, j’ai rejoint la rive sud de la seine, au traditionnel point de rendez-vous pour les mobilisations. Et là, dès mon arrivée, j’ai senti que quelque chose d’énorme allait se passer à Rouen, vu les nombreuses personnes qui cheminaient comme moi vers le cours Clémenceau.
J’ai retrouvé les militants du parti socialiste, nombreux. Et j’ai été rejoint par Laurent Fabius, Alain Le Vern et Didier Marie avec lesquels nous sommes allés à la rencontre des différentes formations syndicales pour les saluer avant que le cortège ne se lance dans son parcours.
Et nous avons attendu, assez longuement avant de pouvoir faire nos premiers pas, signe que la mobilisation était au rendez-vous. Les syndicats ne s’y étaient pas trompés, ils avaient fait le choix du plus grand parcours qu’il est possible de faire dans le centre de Rouen. Au final, nous étions pas loin de 40000.
Ce nombre, c’est ce que la France perd de foncier agricole. Hier, en début d’après-midi, je suis allé à Barentin à la rencontre des Jeunes Agriculteurs de Seine-Maritime, qui organisaient trois opérations de sensibilisation du grand public, à Montivilliers, Dieppe et donc Barentin. J’y ai notamment retrouvé Elise HERON et Guillaume TRIBOUILLARD, deux exploitants très investis dans l’organisation des Jeunes Agriculteurs de Seine-Maritime. Ces opérations font suite à Nature Capitale qui a transformé en mai dernier les Champs Elysées en plateau végétal, 20 ans après La Grande Moisson lorsque les même Champs Elysées étaient devenus champ de blé.
Si les JA 76 ont voulu mené cette opération c’est pour poursuivre leur volonté de montrer au plus grand nombre combien l’agriculture est un acteur incontournable du développement économique, social et environnemental de notre pays, et que les crises qui se multiplient ces dernières années font peser de lourdes craintes. Ainsi, l’urbanisation galopante, pour la construction de zones d’activités, de zones pavillonnaires et autres équipements comme les centres commerciaux, font disparaitre directement les zones agricoles de notre pays. 24 mètres carrés, c’est énorme, et pour favoriser la prise de conscience du grand public, ce sont 24 mètres carrés de terre qui ont été déversées et plantées en ce début d’après-midi sur l’axe reliant Barentin à Pavilly. Durant près d’une heure, nous avons échangé sur et enjeu. Ce fut une discussion intéressante alors que dans quelques temps, le Parlement discutera de la LMA, la Loi de Modernisation de l’Agriculture. Je m’investirai sur ce sujet, comme la semaine dernière lors de l’audition de Bruno Le Maire, Ministre de l’Agriculture, que j’ai interpellé sur les filières courtes et le bio lors de son audition par la Commission du Développement Durable.
Une action simple doit être envisagée à mon sens. Il faut permettre aux différents usages sociaux des territoires de cohabiter, logement, agriculture, loisirs, économie … mais pas de supplanter et écraser l’un au bénéfice d’un autre. En la matière, je pense que les règles d’urbanisme doivent contraindre, les élus notamment, à travailler prioritairement sur les friches indutrielles. Ainsi, pour tout projet de zones d’activités, de lotissement ou centre commercial, il devrait être rendu impossible de réaliser ce type de projet sur une surface agricole, s’il existe une friche industrielle sur le même territoire communal. Certes cela pose des questions de dépollution et autres, mais au moins on retrouvera là un véritable aménagement du territoire qui respectera les espaces.
Hasard du calendrier. Pas tout à fait. Hier, c’était la journée mondiale de l’énergie éolienne. Et tôt dans la matinée, je me suis rendu à Gueures, près de Dieppe, pour y visiter un parc éolien. J’ai été accueilli par le maire de la commune, Jean-Paul Maret, par Vincent Masureel, directeur du développement chez Nordex France, Johann Tardy de chez Kallista Energy et Rémi Blanchet de chez Energie Team. Ces trois sociétés étant membres du syndicat des énergies renouvelables. Après quelques mots échangés sur le fonctionnement d’une éolienne et la présentation du site, on m’a équipé avec harnais, mousquetons et casque. En quelques minutes, me voilà perché à quatre-vingt mètres de hauteur, au cœur même de cette belle mécanique. Vue imprenable sur la côte dieppoise.
Vent fort qui fait osciller la pointe de l’éolienne de quelques dizaines de centimètres. Proximité avec les trois pâles de 44 mètres de long et de plus de dix tonnes chacune. Discussion avec le responsable de la maintenance, doté d’un calme olympien, aussi agile pour se déplacer entre les différents éléments mécaniques que pour en décrire le fonctionnement. Ce n’était pas inutile de prendre de la hauteur sur ce sujet qui fait polémique et alors que je vais passer la journée d’aujourd’hui en Commission Mixte Paritaire sur le Grenelle 2.
Le texte voté pour l’instant ajoute des conditions encore plus restrictives pour la réalisation de parc éolien. Elles sont de nature à freiner le développement de l’éolien en France. Les procédures administratives encadrant d’ores et déjà l’éolien sont très contraignantes et parmi les plus restrictives d’Europe. Zone de Développement de l’Eolien (ZDE) à l’initiative des communes concernées qui définissent sous le contrôle du préfet et après consultation des communes voisines les zones favorables, consultation de la population locale, étude d’impact, enquête publique, instruction du permis de construire, avis de la commission départementale des sites et des paysages, on n’est pas dans l’improvisation ni dans la précipitation. Le maire de Gueures m’a confié que c’était un peu long et qu’il fallait beaucoup de volonté pour arriver au bout. Concrètement la réalisation d’un parc éolien prend près de cinq ans entre le début du projet et sa mise en service. Vouloir ajouter en amont un schéma régional et en aval l’ICPE ( procédure appliquée pour les installations classées) risque de ralentir nombre de projets. De la même façon imposer un seuil minimum d’au moins cinq machines va conduire à l’abandon de plus d’un quart des projets en cours. Notre région est impactée directement par cette mesure. A Gueures, le parc éolien est par exemple composé de trois mâts. Simplement pour des raisons techniques (exposition au vent, contexte topographique). Avec la loi discutée aujourd’hui, il n’aurait pas pu voir le jour. La référence aux zones destinées à l’habitation dans le cadre de la règle des 500 mètres va également réduire comme une peau de chagrin les zones favorables. Il ne s’agit pas de remettre en cause une distance reconnue par les opérateurs éoliens qui l’appliquent déjà dans le cadre d’une charte. Mais de considérer uniquement les habitations existantes et non pas les terrains à urbanisation future y compris les zones agricoles. c’est donc avec ses idées en tête que j’ai quitté Gueures hier. En m’éloignant, je voyais au loin s’effacer les mâts implantés aussi dans les communes voisines. L’acceptabilité n’a pas été évidente dans ces dernières. L’opposition à la réalisation d’un parc de cinq mâts a été bien réelle à Brachy. Je ne nie pas les débats et les arguments des contradicteurs. Mais les procédures existantes donnent le pouvoir de décider au local sous le contrôle des administrations. Alors pourquoi changer? Pourquoi freiner une énergie qui permettra à la France de remplir ses objectifs de réduction d’émission de carbone? J’ai apprécié cette visite de terrain. Prendre de la hauteur n’est jamais inutile.
Dès neuf heures trente ce matin, les manifestants arrivaient par petites grappes sur le cours Clémenceau, rive gauche à Rouen. Les drapeaux rouges, bleus, verts, violets, roses, volaient au vent. Les tracts se distribuaient comme des petits pains. Les hauts-parleurs crachaient une musique rythmée et quelques slogans forts contre le gouvernement. Jeunes et moins jeunes, du public ou du privé, ils étaient venus très nombreux pour défendre le droit à une retraite juste. Les organisteurs les estimaient à près de 20000. Qu’importe le nombre même si la mobilisation était au rendez-vous. Plus que le 23 mars dernier. Ce qui m’a le plus frappé ce matin c’est la détermination des manifestants.
Et plus encore les phrases entendues dans la bouche de plusieurs personnes croisées dans le cortège. Elles valent plus que des analyses savantes. “Qu’ils viennent passer une journée à la chaîne, après ils pourront discuter”. “Je n’ai qu’une hâte, partir”. “Vais-je devoir embouteiller les services du pôle emploi jusqu’à soixante-deux ou soixante-trois ans. C’est absurde!”. “Comme toujours ce sont les salariés qui trinquent, les gros revenus sont protégés par le bouclier fiscal”. “Je me bats aussi pour mes enfants”. “tout augmente sauf les pensions”. “ils parlent de nous faire travailler plus mais ils nous mettent à la porte à partir de 50 ans”. “encore une promesse Sarkozy qui passe à la trappe”. “le nouveau slogan de l’ump c’est travailler plus pour gagner moins”. Au final, le succès des manifestations de ce matin n’était qu’une étape. Un moyen de dire au gouvernement que ses propositions et notamment l’allongement de l’âge légal ne passent pas.
