le 06 février 2012
le 14 juillet 2010

 Les téléspectateurs attentifs n’auront pas été dupes de l’intervention du Chef de l’Etat lundi soir sur France 2. Avec un aplomb déconcertant, le regard planté dans celui de David Pujadas, Nicolas Sarkozy a enchaîné les contre-vérités sollicitant les faits avec acharnement pour justifier l’existence des niches fiscales, le taux de chômage et les chiffres de la compétitivité. Entre autres choses, le Président de la République a déclaré que la France était le pays qui travaillait le moins. Or les salariés français travaillent plus en moyenne par semaine (36,5 heures en 2008) que les Allemands (34,6 heures), les Scandinaves (34,5 heures), les Néerlandais (30 heures) ou encore les Américains (33,9 heures).
Le Chef de l’Etat a embrayé sur la question du chômage, en soutenant que les pays l’ayant le plus réduit sont ceux qui ont augmenté leur temps de travail. Mais c’est l’inverse qui est exact: les pays ayant réduit leur temps de travail sont ceux qui ont les taux de chômage les plus faible. Les Pays-Bas (4,3% en mai 2010); la Norvège (3,7%), l’Allemagne (7,5%), le Danemark (6%) alors que le taux de chômage harmonisé approche 10% en France.
Quant au sujet de la compétitivité française, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois affirmé ce qui est devenu un adage inepte dans le camp de la majorité: « Les 35 heures ont détruit la compétitivité ». Or celle-ci s’est améliorée de 1997 à 2002, période durant laquelle la France avait un excédent extérieur compris entre 20 et 30 milliards d’euros. Depuis 2003, le solde extérieur n’a pas cessé de fondre, pour se transformer en un déficit croissant à partir de 2005, passant même la barre des 40 milliards en 2009.
Mais ce n’est pas tout. Selon le Président de la République, un bouclier fiscal comparable à celui français existerait également depuis 20 ans en Allemagne, alors même que cette disposition a été supprimée outre-Rhin en 2006. La justification politique du bouclier français pâtit là-encore de la volonté du Président de tordre le cou aux faits. « De tous les pays du monde, a ajouté Nicolas Sarkozy, la France est celui qui taxe le plus les contribuables aisés ». Difficile à croire, quand il est avéré que le seul autre pays européen disposant encore d’un bouclier fiscal, le Danemark, peut taxer jusqu’à 59% d’un haut revenu tandis que le taux effectif d’imposition du revenu en France est de 25% pour les 1000 plus hauts revenus et tombe à moins de 20% pour les 10 plus hauts revenus. Par ailleurs, d’après Nicolas Sarkozy, la France serait également « le pays qui taxe le plus les entreprises ». Mais ici encore, en raison des niches fiscales (la niche Copé, pour exemple), le taux d’imposition réel des sociétés est très éloigné du taux théorique de 33,3%. Il tombe à 20% pour les entreprises de plus de 500 salariés et est inférieur à 13% pour les entreprises de plus de 2000 salariés. Une injustice fiscale parmi d’autres.

Le bilan de l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy se résume également à un fait, chiffré et précis quant à lui: 68% de la population française s’avoue mécontente de la politique et des actions du Président de la République. Qu’importe, le Président parle à lui-même.

Un commentaire

  1. Arnaud MOUILLARD

    Sarkozy sur France 2 : 20 mensonges pour 65 minutes d’interview !

    Voici la liste des 20 mensonges de Nicolas Sarkozy lors de son interview sur France 2 le 12 juillet 2010 :

    1. «La France est le pays qui travaille le moins.» C’est faux: les salariés français travaillent en moyenne 36,5 heures en 2008 par semaine, contre 34,6 heures en Allemagne, 34,5 heures au Danemark, 35,6 heures en Suède, 33,2 heures en Norvège, et 33,9 heures aux Etats-Unis. Ces statistiques agrègent temps complet et temps partiel.

    2. «Les pays qui ont le plus réduit le chômage sont ceux qui ont augmenté le temps de travail». La réalité est … inverse : Pierre-Alain Muet rappelle que «les pays qui ont le plus réduit leur temps de travail sont ceux qui ont le taux de chômage le plus faible. Les Pays-Bas (4,3 % en mai 2010) ; la Norvège (3,7 %), l’Allemagne (7,5 %), le Danemark (6 %) alors que le taux de chômage harmonisé approche 10 % en France.»

    3. «Les 35 heures ont détruit la compétitivité». Faux : elle s’est améliorée de 1997 à 2002. Le solde extérieur de la France est redevenu négatif … depuis 2002.

    4. «La France est le pays qui taxe le plus les hauts revenus». Faux à nouveau. Grâce aux niches fiscales et à la faible taxation des revenus du capital, le taux d’imposition des plus riches reste faible : «Il est de 25 % pour les 1 000 plus hauts revenus et tombe à moins de 20% pour les 10 plus hauts revenus» note le député Muet. Et le taux d’imposition de Mme Bettencourt est estimé à 20%. Pas plus.

    5. «La France est le pays qui taxe le plus les entreprises.» Toujours faux. Le taux d’imposition des bénéfices des grosses PME (>500 salariés) est d’environ 20%, et inférieur à 13 % pour les entreprises de plus de 2 000 salariés.

    6. «Le bouclier fiscal évite de verser plus de 50 % de ce que l’on gagne à l’Etat.» C’est argument a été maintes fois démonté. le bouclier fiscal protège le patrimoine et la rente, pas le travail.

    7. «Il existait avant mon élection des contribuables qui payaient 100% d’impôt. C’est-à-dire qu’ils gagnaient 1.000, ils payaient 1.000. » Ce mensonge est l’un des meilleurs, le plus grossier, le plus énorme. Personne, en France, ne paye 100% d’impôt. Lundi soir, David Pujadas n’a même pas relevé. Faut-il rappelé que la tranche la plus élevée de l’impôt sur le revenu est de … 40% ? Et même en ajoutant la taxation des revenus de l’épargne et du patrimoine (moins imposés que le travail), on ne parvient pas à ce chiffre mirobolant.

    8. «Le collectif Sauvons la recherche ne s’exprime plus, les chercheurs ne font plus grève».Evidemment, la réponse n’a pas tardé. L’arroseur de l’Elysée s’est fait copieusement arrosé. Le collectif Sauvons la recherche s’est fendu d’un communiqué intitulé: «Aujourd’hui en France quand des chercheurs font grève, seul le chef de l’Etat croit qu’ils travaillent». Et il a rappelé que l’année 2009 écoulée «a été marquée par une grève dans les universités et organismes de recherche comme on n’en avait pas vu depuis 1968.» Depuis 2007, on recense 1600 mouvements de grèves dans la recherche. La dernière manifestation date … du 1er juin dernier.

    9. «En 1997, les socialistes allemands ont supprimé l’impôt sur la fortune en Allemagne». On appellera cela un mensonge par omission : Sarkozy oublie de préciser que les Allemands, socialistes ou pas, n’ont pas supprimé les droits de succession sur l’héritage. Surtout, Sarkozy attribue aux socialistes allemands la décision politique de supprimer leur ISF. Ce n’est pas tout à fait ça : après une décision de leur Cour constitutionnelle du 22 juin 1995, les Allemands ont renoncé à leur ISF. De surcroît, cette décision de la Cour a été invalidée par une autre décision de justice depuis.

    10. «Le bouclier fiscal existe en Allemagne depuis plus de vingt ans». Sarkozy récidive. Il n’y a pas de bouclier fiscal en Allemagne. Le président français, qui paraît-il use de Facebook, pourrait-il prendre la peine de regarder sur le Net à quel point cette récidive mensongère finit par amuser la galerie ?

    11. «En 2008, les socialistes espagnols ont supprimé l’impôt sur la fortune en Espagne.» José-Luis Zapatero a rétabli une forte imposition sur le patrimoine depuis mars dernier, crise oblige.

    12. «Il n’y a aucune raison que l’Etat s’impose une gestion rigoureuse et que les collectivités territoriales, notamment les régions, continuent une politique d’augmentation du nombre de fonctionnaires: 34.000 chaque année depuis 10 ans à compétence constante». Ainsi Sarkozy voulait-il dénoncer l’inflation des budgets régionaux. Le socialiste Martin Malvy, porte-parole de l’Association des régions de France (ARF) lui a répondu : l’Etat a transféré 80 000 fonctionnaires aux Régions ces dernières années.

    13. Pour le défendre, Nicolas Sarkozy a qualifié le procureur de Nanterre de «juge». C’est faux. Il est procureur. C’est d’ailleurs toute la différence. Un procureur dépend du parquet, c’est-à-dire du ministère de la Justice. Un juge est indépendant.

    14. Le taux de chômage en France serait de 9,5%, et non pas de 10%. C’est faux. Il faut être précis, comme l’a rappelé Nicolas Sarkozy à David Pujadas. Le taux de chômage en France (Outre-mer comprise) est de 9,9% selon l’Insee.

    15. Au début de son intervention, Sarkozy cite le «rapport extrêmement fouillé de l’inspection des finances» au sujet de l’éventuelle intervention d’Eric Woerth dans l’examen de la situation fiscale de Mme Bettencourt. Le rapport n’est pas de l’IGF mais de la seule responsabilité de son directeur, comme ce dernier le rappelle en préambule. De surcroît, il ne contient que 12 pages, et multiplie les précautions d’usage à cause du faible délai imparti à l’enquête (10 jours).

    16. Aucune enquête sur les soupçons de conflit d’intérêt du couple Woerth ni sur le financement politique illégal n’a été conduite à ce jour.

    17. A propos de la nomination des patrons de l’audiovisuel public, Sarkozy explique que ces nominations sont soumises à l’approbation des commissions culturelles du Sénat et de l’Assemblée Nationale. C’est faux. Ces deux commissions ont un droit de veto, au 3 cinquièmes. Elles n’approuvent rien. Bien au contraire, un obstacle majeur (3/5èmes de vote) leur est imposé si elles veulent contester la décision du Chef.

    18. «En 35 ans, jamais on ne m’a accusé de quoique que ce soit de sérieux.» Sarkozy oublie simplement le Karachigate, et ces accusations émanant de la police luxembourgeoise. Rien que ça.

    19. Selon Nicolas Sarkozy, la prise en compte de la pénibilité dans sa réforme des retraites, serait «un droit nouveau». C’est faux. Le principe même des régimes spéciaux des cheminots, des mineurs, et d’un certain nombre de professions jugées physiquement éprouvantes était cette prise en compte de la pénibilité. Sarkozy, qui se félicite de les avoir abroger (ce qui est également partiellement faux, mais c’est un autre sujet), devrait s’en souvenir…

    20. Lundi soir, Sarkozy s’indignait aussi qu’on le soupçonne d’être allé chercher des enveloppes d’espèces chez le couple Bettencourt. Effectivement, certaines enveloppes étaient directement portées au siège de l’UMP, sur instruction du trésorier Eric Woerth. Mais cela, c’est la révélation du jour. Malgré ses efforts, le Sarkogate continue.

Laissez un commentaire