Hasard du calendrier. Pas tout à fait. Hier, c’était la journée mondiale de l’énergie éolienne. Et tôt dans la matinée, je me suis rendu à Gueures, près de Dieppe, pour y visiter un parc éolien. J’ai été accueilli par le maire de la commune, Jean-Paul Maret, par Vincent Masureel, directeur du développement chez Nordex France, Johann Tardy de chez Kallista Energy et Rémi Blanchet de chez Energie Team. Ces trois sociétés étant membres du syndicat des énergies renouvelables. Après quelques mots échangés sur le fonctionnement d’une éolienne et la présentation du site, on m’a équipé avec harnais, mousquetons et casque. En quelques minutes, me voilà perché à quatre-vingt mètres de hauteur, au cœur même de cette belle mécanique. Vue imprenable sur la côte dieppoise.
Vent fort qui fait osciller la pointe de l’éolienne de quelques dizaines de centimètres. Proximité avec les trois pâles de 44 mètres de long et de plus de dix tonnes chacune. Discussion avec le responsable de la maintenance, doté d’un calme olympien, aussi agile pour se déplacer entre les différents éléments mécaniques que pour en décrire le fonctionnement. Ce n’était pas inutile de prendre de la hauteur sur ce sujet qui fait polémique et alors que je vais passer la journée d’aujourd’hui en Commission Mixte Paritaire sur le Grenelle 2.
Le texte voté pour l’instant ajoute des conditions encore plus restrictives pour la réalisation de parc éolien. Elles sont de nature à freiner le développement de l’éolien en France. Les procédures administratives encadrant d’ores et déjà l’éolien sont très contraignantes et parmi les plus restrictives d’Europe. Zone de Développement de l’Eolien (ZDE) à l’initiative des communes concernées qui définissent sous le contrôle du préfet et après consultation des communes voisines les zones favorables, consultation de la population locale, étude d’impact, enquête publique, instruction du permis de construire, avis de la commission départementale des sites et des paysages, on n’est pas dans l’improvisation ni dans la précipitation. Le maire de Gueures m’a confié que c’était un peu long et qu’il fallait beaucoup de volonté pour arriver au bout. Concrètement la réalisation d’un parc éolien prend près de cinq ans entre le début du projet et sa mise en service. Vouloir ajouter en amont un schéma régional et en aval l’ICPE ( procédure appliquée pour les installations classées) risque de ralentir nombre de projets. De la même façon imposer un seuil minimum d’au moins cinq machines va conduire à l’abandon de plus d’un quart des projets en cours. Notre région est impactée directement par cette mesure. A Gueures, le parc éolien est par exemple composé de trois mâts. Simplement pour des raisons techniques (exposition au vent, contexte topographique). Avec la loi discutée aujourd’hui, il n’aurait pas pu voir le jour. La référence aux zones destinées à l’habitation dans le cadre de la règle des 500 mètres va également réduire comme une peau de chagrin les zones favorables. Il ne s’agit pas de remettre en cause une distance reconnue par les opérateurs éoliens qui l’appliquent déjà dans le cadre d’une charte. Mais de considérer uniquement les habitations existantes et non pas les terrains à urbanisation future y compris les zones agricoles. c’est donc avec ses idées en tête que j’ai quitté Gueures hier. En m’éloignant, je voyais au loin s’effacer les mâts implantés aussi dans les communes voisines. L’acceptabilité n’a pas été évidente dans ces dernières. L’opposition à la réalisation d’un parc de cinq mâts a été bien réelle à Brachy. Je ne nie pas les débats et les arguments des contradicteurs. Mais les procédures existantes donnent le pouvoir de décider au local sous le contrôle des administrations. Alors pourquoi changer? Pourquoi freiner une énergie qui permettra à la France de remplir ses objectifs de réduction d’émission de carbone? J’ai apprécié cette visite de terrain. Prendre de la hauteur n’est jamais inutile.
le 16 juin 2010


