Lorsque j’étais plus jeune, j’ai découvert les comices agricoles ou les concours de bestiaux sous la plume d’écrivains comme Maupassant, Flaubert ou Balzac et dans la main d’un oncle qui m’emmenait voir les agnelles, les moutons, les boeufs et les génisses ou encore les chevaux de ses amis éleveurs du pays de Caux. Je me souviens de cette ambiance particulière. A la fois jour de retrouvailles et jour de compétition. Les uns s’observent. Les autres se renseignent. Un sentiment d’orgueil, la fierté de montrer une belle race n’empêchent pas un esprit de fraternité. Une communauté de destin se retrouve.
Mercredi matin, pendant trois heures, j’ai accompagné Nicolas Beaussart, le maire de Lillebonne, et Alain Le Vern, le président de la Région au 131ème concours de bestiaux de Lillebonne. Rue Victor Hugo et place Thimotée Holley, les bêtes étaient présentées à un public venu très nombreux. J’y ai retrouvé les sensations de mon enfance. Nous avons rencontré des éleveurs inquiets pour l’avenir de l’agriculture. Des producteurs de lait à bout de souffle, en grande difficulté financière, devant faire face à des dettes liées aux mises aux normes et dont les revenus couvrent à peine le coûts des entrants. Nous avons vu une profession qui se sent abandonnée. Nous avons croisé des hommes et des femmes passionnés par leur métier, amoureux de leur terre et héritiers d’une tradition et d’un art de vivre. Depuis cent trente et un ans, des familles d’agriculteurs participent à ce concours. Les plus anciens y ont bâti une renommée, les plus jeunes une réputation. Les races Normande, Prim Holstein, Pie Rouge ou encore Pie Noire y viennent se mesurer. Ce concours passera-t-il la barre symbolique des 150 ans d’existence? On ne peut s’empêcher d’y penser quand on voit la PAC disparaître sans véritable politique de substitution. Jamais l’agriculture n’avait connu une telle crise nous dit-on. Mais le dire ne doit pas signifier la fatalité. Pour le gouvernement la messe est dite. La résignation l’a emportée sur l’action. C’est bien dommage. Nos agriculteurs méritent mieux.
le 12 mars 2010


