le 03 septembre 2010
le 11 juillet 2009

 A peine débarqué au gouvernement, Frédéric Mitterrand hérite d’un beau (et vieux) bébé: la loi HADOPI 2. Le texte allait à l’encontre du principe de la présomption d’innocence, pourtant au fondement de la justice. Il permettait aussi à une autorité administrative de prononcer une sanction, deux aspects que le Conseil Constitutionnel a censurés le 10 juin dernier. Vidée de sa substance, la loi ne présente plus grand intérêt. Et pourtant, Frédéric Mitterrand a affirmé la semaine dernière sa volonté de la voir aboutir coûte que coûte, alors qu’elle a déjà été rejetée par l’Assemblée Nationale. Comme si c’était une bête question de fierté pour le gouvernement. J’ai le sentiment qu’à cet incroyable gaspillage d’énergie s’ajoute une impossible lutte contre le progrès. Cette loi n’est pas encore votée, et pourtant elle est déjà dépassée. Ce que le gouvernement ne veut pas voir, c’est que la fantastique révolution technologique que nous vivons avec Internet ne s’arrêtera pas à une loi du Parlement français. Et c’est faire preuve de petitesse d’esprit que de l’affirmer, surtout de la part d’un artiste jadis avant-gardiste. Mitterrand devrait savoir mieux que quiconque à quel point Internet est en train de remodeler totalement notre rapport à la création artistique. Je ne suis pas de ceux qui y voient une menace, mais une chance: celle de rendre la culture de plus en plus accessible et de voir une jeunesse de plus en plus ouverte sur le monde. Comme cela avait été le cas avec l’émergence des chaines de télévision et de radio privées, la bonne solution aurait été la conception d’un nouveau modèle économique et juridique conciliant liberté et respect de la vie privée des internautes avec un nouveau mode de rémunération des auteurs. Dommage que le gouvernement n’en ait pas eu l’audace et s’enfonce encore une fois dans de vaines dispositions répressives.

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