Depuis des mois, nous entendons de la part des membres du gouvernement et de sa majorité que les Français ne travaillent pas assez. Cette affirmation sans cesse répétée aurait pu appeler, depuis le temps, des mesures concrètes facilitant l’accès et le retour à l’emploi. Au lieu de cela, au lieu de s’attaquer aux racines du chômage avec réalisme et compréhension, le gouvernement et les députés de droite ont adopté, dans la nuit du 17 au 18 juillet, un texte qui ne comporte que du mépris à l’encontre des demandeurs d’emploi. Ce texte est celui des “droits et devoirs du demandeurs d’emploi”, celui dont la mesure la plus significative est celle de l’offre “raisonnable” d’emploi.
De quoi s’agit-il ? D’abord, contrairement à ce que l’intitulé de la loi laisse penser, de droits pour les demandeurs d’emploi, il n’y en a pas ! Il n’y en a pas, notamment, en matière de formation professionnelle. En revanche, des devoirs, il y en a beaucoup. Désormais, tout chômeur inscrit depuis plus de 6 mois pourra être sanctionné dès lors qu’il refuse une offre d’emploi compatible avec ses qualifications, à moins d’une heure en transport en commun ou moins de 30 Km de chez lui. Inutile de dire que cette loi va d’abord pénaliser les chômeurs les plus précaires : il y a une vraie différence entre un chômeur véhiculé qui prétend à un poste de cadre et un chômeur qui postule à un emploi de manutentionnaire et qui ne se déplace qu’en deux-roues… Autre disposition, après 3 mois d’inscription, le demandeur d’emploi ne pourra pas refuser un poste rémunéré au moins 95 % de son salaire antérieur ; au bout de 6 mois, la barre diminue à 85 %. Cette mesure présente un risque fort de voir tirer l’ensemble des salaires vers le bas. Enfin, l’adoption du texte confirme la suppression d’ici à 2012 de la dispense de recherche d’emploi pour les demandeurs d’emploi de plus de 57,5 ans. En effet, jusqu’alors, compte tenu de la réalité du marché de l’emploi, les chômeurs “âgés” n’étaient plus contraints de rechercher un emploi.
Durant la discussion à l’Assemblée, un exemple a été pris : celui des métiers du BTP et de l’hôtellerie. Ces deux secteurs représentent à eux seuls 20 % du total des offres ANPE. Nous le savons bien, ce sont des métiers très exigeants, où les emplois ne sont assortis d’aucune contrepartie salariale et où les perspectives de carrière sont limitées. Plutôt que d’améliorer les conditions de rémunération et de travail dans ces domaines pour les rendre attractifs, le gouvernement va seulement chercher à forcer les chômeurs à accepter les emplois dans ces domaines. Le problème est pris à l’envers avec tous les risques que cela comporte en terme de motivation, d’acceptation par les employés qui sont actuellement en fonction, de dévalorisation de ces métiers… Mais comme à l’accoutumée, le gouvernement commence par casser. Après, il voit.
Après les attaques contre le code du travail, après la fusion Unedic-ANPE, après le projet dit de modernisation du marché du travail, après la réforme de la démocratie sociale et du temps de travail, cette nouvelle loi vient compléter un éventail peu reluisant.


